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Extrait du livre "Croire en soi" de Jean Claude Liaudet

De quoi parle-t-on quand on parle de confiance en soi ? Quelle différence entre confiance en soi, estime de soi et amour de soi ? En quoi la connaissance de soi contribue-t-elle à la confiance et l’assurance en soi, à l’affirmation de soi ?

Ces expressions sont fréquemment utilisées dans des acceptions proches, et souvent l’une pour l’autre. Elles forment une nébuleuse que nous allons chercher à éclaircir, afin de mieux cerner ce que l’on entend par « confiance en soi ». Ces notions sont en effet à la fois claires et confuses, dans la mesure où chacun sait intuitivement de quoi il s’agit, mais serait bien en peine d’en articuler la définition.
Entre la confiance et l’estime de soi, quelle diffé­rence ? L’estime met l’accent sur la valeur. S’estimer, c’est être conscient de sa valeur. Cela implique différents registres.
Dans le premier registre, le plus évident dans notre culture imprégnée d’économisme, s’estimer, c’est se considérer comme un bien à estimer – un peu comme un bijou, une action cotée en bourse. Il s’agit sans doute du registre le plus superficiel, mais pourtant habituel et généralement présent en filigrane dans la littérature traitant de la confiance en soi. Il consiste à se penser comme un « pro¬duit » plus ou moins valable1 pour toutes sortes de commerces : relationnel, amoureux, social, professionnel.
Dans le registre affectif, on dira que s’estimer implique le fait de s’aimer, l’estime étant alors prise comme une litote pour l’amour.
Être conscient de sa valeur peut également renvoyer à des notions religieuses et morales. C’est alors reconnaître la valeur de sa vie, création divine dont on se trouve dépositaire et dont on ne peut pas faire n’importe quoi. Il faut respecter l’étincelle divine qui est en soi-même comme en tout un chacun.
L’estime de soi est par ailleurs souvent associée à une démarche de revendication. S’estimer, être estimé par autrui, est posé comme un droit naturel qui ne devrait pas être transgressé. C’est dans ce langage du droit à l’estime, ou au respect, que les groupes opprimés ont pu exprimer leur demande
de reconnaissance : mouvements des femmes, des Black, des gays, des exclus de nos banlieues si chatouilleux sur la question de l’honneur (total respect !).
L’amour de soi nous engage sur un registre différent et fondamental. Sans amour, pas plus de confiance que d’estime ! Nous reviendrons longuement sur l’amour de soi, qui est une dimension de ce que nous appelons narcissisme en psychanalyse. Nous verrons que celui-ci se construit dans la relation aux autres et à la collectivité, et tout d’abord aux premiers autres que sont nos parents et notre environnement proche.
L’amour de soi est l’objet de multiples condamnations. Être content ou satisfait de soi n’est pas recommandé. On y voit facilement le signe d’un manque d’humilité2. La source de cette condamnation est sans doute à chercher dans l’obligation faite par toutes les Églises chrétiennes d’abjurer tout amour de soi. S’aimer soi-même est un tour du malin, qui empêche la soumission à Dieu. Car l’amour de soi détourne de la dépendance, de l’asser¬vissement à l’autre3.
La notion d’amour-propre, chère au classicisme français, renvoie plutôt à la fierté, l’honneur et l’égoïsme. La critique de l’amour-propre faite par La Rochefoucauld (maxime n° 200), pour qui « la vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie », est une remise en question du moi aristocrate et une annonce de l’honnête homme du XVIIIe siècle, qui considérera que l’homme est fata¬lement dans un rapport de méconnaissance de
lui-même. S’il ne s’agit pas d’une théorie de l’inconscient au sens que ce terme prendra à la fin du XIXe siècle avec Freud, il y a déjà le constat d’un incontournable manque de transparence vis-à-vis de soi-même tel que nous sommes mus par des motifs d’amour-propre que nous sommes incapables de reconnaître.
Savoir s’affirmer, être sûr de soi : ces notions apportent quelques éléments supplémentaires à la constellation de la confiance. Être sûr de soi est un sentiment (intérieur, donc) qui exclut le doute, presque équivalent à la confiance en soi, à cette nuance près : on peut avoir confiance en soi tout en connaissant ses faiblesses. Quant à l’affirmation de soi, elle se manifeste dans une situation de relation avec autrui. S’affirmer, c’est savoir être ce que l’on est, exprimer ce que l’on pense, ce que l’on souhaite, avec une force de conviction naturelle. L’affirmation de soi, rebaptisée assertivité, a fait l’objet d’une mode dans le monde de la formation des adultes et du développement personnel. L’attitude affirmative se distingue de l’agression, de la soumission et de la manipulation : en ce sens, le courant de l’assertivité, sur lequel nous reviendrons, peut représenter un guide pour l’action. Il l’est moins quand il se présente, avec la programmation neurolinguistique4 (PNL), comme une méthode simple et facile pour réussir dans ses relations avec les autres ; c’est-à-dire un ensemble de techniques, de trucs, qui permettraient de conquérir la maîtrise de soi et la maîtrise de l’autre.
L’acceptation de soi est également une notion proche de la confiance en soi. Si l’on ne s’accepte pas tel qu’on est, si l’on refuse de percevoir chez soi ce qui déplaît, si l’on n’accepte pas plus de prendre en compte ses qualités par une humilité mal placée, alors on ne pourra pas « faire avec soi-même ». La connaissance de soi 5, préalable à l’acceptation de soi, est nécessaire. Connais-toi toi-même, alors tu pourras avoir confiance en toi !
Quelle est la place exacte de la confiance en soi dans cette nébuleuse ? Retraçons son histoire afin de lui donner une meilleure consistance.

 

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